9 questions à Gabrielle Adam, contremaîtresse de nuit à la voirie

Mis à jour le 11 août 2022
Temps de lecture : 4 min

Gabrielle veille au bon déroulement des opérations nocturnes de la voirie : son équipe de cols bleus se trouve entre de très bonnes mains hiver comme été, tant pour le déneigement que pour la propreté. Sa bonne humeur et son souci du détail lui ont valu le surnom affectueux de « reine des neiges ».

En quoi consiste ton métier?

Je suis contremaîtresse pour une équipe d’environ 14 cols bleus qui travaillent de nuit, sur le terrain. L’hiver, mon équipe s’occupe des opérations de neige (déblaiement des trottoirs et de la chaussée, chargement de la neige, épandage du sel et du gravier), et moi, je veille à ce que toutes et tous détiennent l’information, les appareils, les outils et les parcours nécessaires pour que le travail soit bien fait.

L’été, mon équipe est affectée à la propreté et réalise des tâches telles que vider les poubelles de rue (déchets et recyclage), nettoyer les trottoirs et la chaussée à l’aide des camions-balais, ou encore, veiller à la propreté lors de certains événements, par exemple lors des feux d’artifices. Mais peu importe la saison, mon travail comprend une partie administrative et une partie terrain.

À quoi ressemble une journée type?

Je commence mes journées à 17 h 45. Lorsque j’arrive, je prends connaissance des opérations qui ont eu lieu dans la journée, de l’état des rues et du secteur. Puis, je distribue à tous les membres de mon équipe leurs tâches pour la nuit et une photo de leur parcours pour leur permettre de voir sur quelles rues il y aura du travail à faire. Ensuite, j’effectue la partie plus administrative de mon travail, par exemple prendre mes courriels, numériser les feuilles de temps, vérifier les fiches de paie. C’est vers 21 h 30 que le vrai plaisir commence : sillonner le terrain!

Que fais-tu sur le terrain?

Je parcours mon secteur, tant les petites rues que les grandes artères. Je vérifie tout! Est-ce que l’abrasif a bien été épandu? Les trottoirs sont-ils bien déblayés et sécuritaires pour les piéton-ne-s? Est-ce que tout va bien dans mon équipe? Les appareils sont-ils en bon état? Est-ce que les panneaux d’interdiction pour le stationnement sont bien installés lors des opérations de déneigement?

Chaque jour est différent selon la météo ainsi que chaque quartier, en raison de la disposition des rues. En tout, cela me prend presque trois heures pour effectuer une tournée générale de mon secteur et je repasse plusieurs fois pendant la nuit, sans jamais emprunter le même chemin.

Quel est ton parcours professionnel?

J’ai fait mon entrée sur le marché du travail dans l’équipe de l’entretien de nuit, à l’hôpital Sainte-Justine. J’ai travaillé six ans sur le plancher, puis j’ai suivi deux ans de cours en gestion à l’université et je suis devenue cheffe de section. En 2018, j’ai eu envie de changement et je suis venue à Ville-Marie occuper mes actuelles fonctions. J’aime tellement mon travail que je ne changerais pour rien au monde!

Qu’est-ce que tu aimes tant dans ton travail?

Je suis une vraie passionnée de l’hiver : mon opération préférée, c’est le chargement de la neige. Ça se résume à 15 jours environ dans l’année, mais je les attends, ces journées! C’est vraiment plaisant pour moi de travailler dans un quartier autant plein de vie. Sinon, c’est évidemment mon équipe que j’aime le plus!

Ton équipe se compose majoritairement d’hommes. Comment vis-tu cela?

Très bien! Le climat est très léger, c’est agréable. Je pense que pour eux aussi c’est une bonne chose d’avoir une femme comme contremaîtresse, car ils savent que je suis toujours prête à les écouter. Parfois, j’ai l’impression qu’il y a un petit côté psychologique dans mon travail. Mais j’adore quand il y a une nouvelle femme qui se joint à l’équipe, qui en compte déjà quelques-unes. Et chacune d’entre nous a du caractère et un sens de la répartie… on est toute une équipe!

As-tu des contacts avec les citoyen-ne-s?

Moins que les équipes de jour, car la nuit, les gens dorment en général. Mais parfois, ils sortent et ont des questions. Je me rends compte qu’il y a une grande méconnaissance de notre travail et des opérations de déneigement. On doit ramasser la neige et, s’il le faut, fermer une section de la rue pour la sécurité de toutes et de tous. D’ailleurs, j’ai remarqué que mes cols bleus avaient vraiment le réflexe de toujours penser aux citoyen-ne-s et je les félicite pour cela. Moi, je pense aux opérations et aux membres de mon équipe, mais eux, ils ont énormément de conscience pour la communauté. 

Peux-tu nous raconter une anecdote reliée à ton travail?

Je suis assez méticuleuse en ce qui concerne le travail de mon équipe et, quand j’ai commencé, j’avais tendance à prendre une multitude de photos de ce que les membres faisaient pendant qu’ils travaillaient. Tout le monde était découragé et me trouvait beaucoup trop intense, mais on m’a pardonnée très vite et, depuis, j’ai hérité du surnom de « reine des neiges »!  

Pourquoi les gens devraient-ils connaître ton métier?

Parce que s’ils savaient exactement ce qu’on fait, que ce soit pour les contremaîtres et contremaîtresses comme moi ou les équipes de cols bleus, peut-être qu’il y aurait une meilleure conscience des défis qu’occasionnent les opérations de déneigement et moins de préjugés. C’est un peu frustrant qu’il existe des idées préconçues sur les cols bleus quand je vois à quel point mon équipe travaille fort et a ses tâches à cœur! Je rêve de faire monter un-e citoyen-ne à bord de mon véhicule pour lui montrer mon travail. Au bout du compte, on ne veut qu’une chose : offrir un bon service!