Une journée avec Denis Collerette, commissaire au développement économique

Mis à jour le 26 janvier 2024
Temps de lecture : 5 min

Denis Collerette est commissaire au développement économique sur Le Plateau. Sa retraite se profilant à moyen terme à l’horizon, il profite de ce portrait pour préparer en quelque sorte sa future relève et faire profiter à tous et à toutes sa vaste expérience. Partez à sa rencontre!

Comment t’es-tu retrouvé à occuper ce poste? Quelle est ta formation et ton parcours?

Un commissaire, selon la définition, c’est le responsable d’une mission spécifique dans une organisation. Une sorte de chargé de mission. Ma mission : réunir les conditions favorables au développement des affaires des entreprises (tous types) mais dans le cadre :

  • Des orientations politiques et administratives locales
  • Des règlements en vigueur
  • Des stratégies et des programmes économiques de la Ville de Montréal.

Sur Le Plateau, l’activité commerciale est dominante. Ça a été un facteur déterminant pour mon choix de carrière. Je suis détenteur d’un baccalauréat en urbanisme et d’une maîtrise en gestion urbaine. Je suis spécialisé dans un secteur très pointu de l’urbanisme : la revitalisation des centres-villes et des artères commerciales depuis 1985. J’ai fait mes classes avec une organisation spécialisée dans le domaine, qui a importé au Canada le programme Main Street, connu mondialement. J’ai travaillé à la relance d’une bonne dizaine de centres-villes au Québec et ai passé 18 ans dans une ville de l’Outaouais intégrée à Gatineau à la fusion municipale. J’ai joint le Service du développement économique de la Ville de Montréal au moment de la création du Bureau du commerce en 2010. C’est ce Bureau qui a créé les programmes Pr@m et Artères en chantier, inscrit le commerce de détail dans le Plan de développement économique de 2014 et créé le Plan commerce en 2018. Après quelques années de travail de planification, j’ai senti le besoin de retourner dans l’action. J’occupe le poste de commissaire au développement économique en arrondissement depuis six ans, dont presque trois Le Plateau.

Qu’est-ce que fait au quotidien un commissaire au développement économique?

Le quotidien d’un commissaire se résume en cinq concepts :

  1. Analyser en continu le contexte économique montréalais et des secteurs de l’arrondissement;
  2.  Évaluer la faisabilité des projets;
  3. Faire un mélange de vulgarisation et de médiation entre les rêves de l’entrepreneur et les règles de la Ville;
  4. Contribuer à fixer les objectifs, les politiques et les programmes de soutien au sein de la Ville;
  5.  Stimuler la création de projets et maximiser les retombées des programmes existants.
     

Le tout m’amène à être en communication constante avec le Service du développement économique de la Ville, les associations de commerçants (incluant les SDC), la direction et le caucus des élu(e)s de l’arrondissement, les directions et les divisions qui offrent une prestation de services sur des rues commerciales et des partenaires comme PME MTL, les Services des incendies et de la police.

Un exemple d’activité qui réunit tout ce beau monde? Les piétonnisations saisonnières! Elles sont subventionnées par la Ville de Montréal, implantées conjointement avec les associations de commerçants, sécurisées par les normes du SIM et du SPVM, répondre aux normes de design, accorder des dérogation réglementaires (ventes sur le domaine public, implantation des cafés-terrasses, bruit, foires commerciales, alcool, etc.). Un vaste effort de collaboration!

Quel est l’élément de ton travail que tu préfères?

Quand des projets créatifs, innovants, comme des projets, petits comme grands mais souhaités par la communauté d’affaires, se réalisent et se concrétisent. Mais surtout, qu’ils répondent à l’air du temps, qu’ils « changent le monde », à leur façon. C’est hyper gratifiant de s’impliquer. C’est à tout le moins stimulant!

Par exemple, la piétonnisation de l’avenue Duluth, qui a été réalisée sur les chapeaux de roues par une poignée de gens sans expérience, a atteint un des scores les plus élevés en matière d’appréciation citoyenne et commerciale.

Et que dire de celle de l’avenue du Mont-Royal, qui ne cesse de faire la manchette dans les médias de Montréal, de Toronto le mois dernier et qui m’a valu un appel-conférence avec cinq professionnels de la ville de Vancouver et des visites prochaines de délégations d’Ottawa et de Calgary. Très stimulant!

Aussi, la moindre contribution aux projets reliés à la transition écologique, tels l’implantation de la Coop Carbone, qui donne dans le transport par vélo-cargo, ou encore Retournzy, une entreprise d’économie sociale qui offre un service de contenants consignés que le consommateur peut utiliser et retourner dans les restaurants participants et enfin, la découverte d’entreprises totalement foisonnantes qui sont actives dans le secteur Plateau-Est sont une manifestation concrète de changement de paradigmes économiques et sociaux qui sont en cours.

Selon toi, qu’est-ce que ça prend pour être un(e) bon(ne) commissaire?

Je me suis amusé à questionner mes pairs des autres arrondissements! Au fond, un(e) bon(ne) commissaire doit faire preuve de versatilité, d’agilité comme on le dit depuis la pandémie. Il ou elle doit aussi être conscient(e) d’être au carrefour d’informations et de projets souvent stratégiques et de nature politique. En fonction du rôle qu’il ou elle souhaite jouer dans l’arrondissement, le ou la commissaire ne peut être bon(ne) que s’il ou elle œuvre dans le bon milieu, un milieu qui lui ressemble et auquel il ou elle croit.

Ces conditions réunies, le « bon » ou la « bonne »  commissaire partage les informations concernant le milieu économique avec l’administration à l’interne, ce qui le positionne en mode matriciel, transversal dans l’organisation. Un privilège rare!

En clair (!), le  ou la commissaire qui réussit sa carrière, doit savoir être :

  • Un peu jovialiste (relationniste)
  • Un peu cheerleader (intrapreneur)
  • Agent(e) de changement (influenceur(se))
  • Accompagnateur (-trice) (en concordance avec la Ville et son arrondissement)
  • Visionnaire (facilitateur (-trice)
  • Ombudsman à ses heures(expert(e)-conseil)
  • Etc…

Et tout ça, avec grande modestie!

Comment expliques-tu /définis-tu le dynamisme commercial du Plateau?

Peu de mots suffisent à désigner Le Plateau Mont-Royal : Tout à fait exceptionnel, unique!

Le Plateau est une portion de Montréal dont l’histoire est marquée de résilience, de créativité incessante, un arrondissement qui a su se réinventer après des années 1970 difficiles (Anecdote, en 1979, ça m’a pris des mois avant de trouver une assurance feu vol habitation. Une vague d’incendies criminels sévissait et le stock immobilier avait « besoin d’amour »).

La densité résidentielle, l’implantation de l’UQAM dans l’axe de la rue Saint-Denis et la ligne orange du Métro ont permis aux commerçants de compter sur un marché primaire (de proximité) hyper fidèle. La créativité, les artistes, la vie culturelle, les grands parcs et le vélo ont fait le reste pour créer un aimant qui a sans cesse attiré l’attention, les touristes et les investissements au cours des 50 dernières années.

La contrepartie négative à laquelle doit par contre toujours faire face l’arrondissement et sa communauté d’affaires est le côté sombre de l’activité immobilière, la hausse des loyers et la spéculation. Mais à cet égard, le Plateau est très bien placé pour voir naître des initiatives économiques alternatives, communautaires, circulaires, etc.

Qu’est-ce que tu dirais à une personne qui souhaite se partir en affaires sur Le Plateau?

  • Connaissez-vous vraiment votre client(e)-cible ?
  • Vous êtes-vous assuré(e) que le(la) client(e)-cible vit, travaille ou fréquente réellement le Plateau, votre bout de rue ?
  • Avez-vous choisi votre local en fonction de ce(te) client(e)-type ou en fonction de votre goût personnel ou de votre budget ?
  • Je l’invite aussi à consulter la page En affaires dans le Plateau avant qu’il ou elle signe son bail ou entreprenne des travaux d’aménagement de son local.
  • Si votre projet prévoit l’installation d’un café terrasse, vous êtes-vous assuré de sa faisabilité ? Y-a-t-il un abri d’autobus tout près ? Une borne-fontaine ? Un lampadaire ? Assez d’espace par rapport à l’intersection ?
  • Je l’invite aussi à consulter la rubrique qui concerne tous les règlements qui s’appliquent sur la page En affaires dans le Plateau.

Enfin, as-tu un lieu coup de cœur sur Le Plateau? Si oui, lequel?

Mon coup de cœur est très personnel et à la fois patrimonial : Selon mes recherches généalogiques, la famille Collerette dit Bourguignon s’est d’abord installée sur le Plateau au 19e siècle! J’ai habité puis acheté la maison que mon arrière-grand père a construite en 1891. Mon père et le sien sont nés dans cette maison de la rue Saint-Dominique. L’histoire de l’arrondissement, son patrimoine bâti et architectural ont somme toute été fortement respectés au fil des ans. Entre autres grâce à mes collègues qui défendent les composantes architecturales d’origine. Le fait que Le « Plateau » soit encore aussi vivant, que des gens y croient, y vivent, y travaillent, y investissent et créent est mon coup de cœur depuis toujours. Et ce qui explique que j’y suis revenu après près de 20 ans.